A la loupe

Le feuilleton des incos


Le feuilleton des Incorruptibles c’est une drôle d’histoire où pendant plus de six semaines, des groupes de lecteurs ont entretenu une correspondance avec un auteur.
En clair : un texte posté chaque semaine par un écrivain… et face à lui, 250 lecteurs, aussi curieux qu’impitoyables. Des échanges, des débats, des interrogations, des mots doux et des bons mots… et aujourd’hui une toute nouvelle collection « Le Feuilleton des Incos » aux éditions Thierry Magnier, inaugurée par trois auteurs Elisabeth Brami, Sylvie Chausse et Frédéric Kessler.
(Les Incos est un prix de littérature jeunesse décerné par des jeunes lecteurs, pour plus d’infos
www.lesincos.com)


lesincos

A mort la mort / Frédéric Kessler
A quoi ça sert la mort? A nous faire pleurer? Léopold et les habitants de son village passent un acte avec la mort : la vie éternelle pour tous s'ils renoncent à faire des enfants. Est-ce une si bonne idée?

Poilu / Sylvie Chausse
Tout roule pour Ben : la semaine avec sa mère et un week-end sur deux avec son père. Et aussi le collège, les copains... Les filles? Heureusement que Marilyn est plus sympa que Jessica, la fille de la nouvelle femme de son père, une vraie poste, celle-là! La rencontre de "La Grenouille" et son chien va mettre du piment dans sa vie.

La poubelle des larmes / Elisabeth Brami
Myriam a vécu la honte de sa vie quand son auteure préférée est venue dans sa classe. Depuis, elle ne rêve que de lui écrire. Mais c'est difficile... Elle décide de déverser tous ses secrets dans un journal intime. Le divorce de ses parents, le passage au collège, son envie de devenir écrivain, les coups de gueule et les coups de foudre, tout y passe. C'est le début d'une nouvelle vie.

Hélène : Je ne suis pas parvenue à "rentrer" véritablement dans l'histoire de "A mort la mort". Le seul personnage qui m'a plu est celui de la mort elle même. Elle fait une apparition aussi brève que mémorable. J'ai aimé son humour noir et son ironie et c'est peut être ce qui fait défaut aux autres personnages. Enfant et ado, j'ai eu la chance de passer beaucoup de temps en vacances avec ma joyeuse tribu de cousins et c'est peut être ce qui m'a donné le goût des histoires de famille (Une famille aux petits oignons, Le crocodile rouillé, Les zinzins de l'assiette). Voilà pourquoi j'ai beaucoup aimé "Poilu". Il n'y a rien d'exceptionnel dans la famille de Ben. Elle est "recomposée" et pourtant tous ses membres semblent être exactement à leur place. J'ai trouvé l'histoire pleine de tendresse et d'humanisme. Les personnages sont quant à eux tout à fait ordinaires. C'est ensemble qu'ils deviennent extra-ordinaires ! Un roman très drôle, très bien écrit, qui se lit d'une traite.

Manue : "A mort la mort" m'a fait un peu penser à un conte philosophique. On y  aborde un sujet délicat: la mort. Elle est ici personnifiée et c'est ce qui, à mon avis, fait le charme de ce livre.  On suit avec délectation le jeu dangereux de Léopold avec la faucheuse et on découvre bien entendu que la mort, c'est la vie. "Poilu"est une histoire assez prenante malgré la banalité du thème: les affres d'un collégien, Ben, fils de divorcés, qui se débat entre le sacro-saint un week-end sur deux, les filles, les potes, le collège, etc. Dans "La poubelle des larmes", tout comme ci dessus, on est ici avec une collégienne (écolière au début du roman) qui nous confie des états d'âme au travers d'un journal intime, sa poubelle des larmes. Le texte est assez sympa, l'histoire aussi mais j'attendais mieux de l'auteur.

Claire : J'ai bien aimé  "A mort la mort". C'est comme une sorte de petit conte sur la mort mais qui m'a fait rire... Les dialogues sont irrésistibles et le personnage de la Mort férocement drôle. Je n'ai par contre pas vraiment aimé "La Poubelle des larmes", le parti pris du journal intime ne m'a pas plu, je me suis vite désintéressée des soucis de Myriam, je n'ai pas vraiment été sensible à ses états d'âmes (et puis trop de points d'exclamation à mon goût). 
Par contre, j'ai beaucoup aimé "Poilu", tout d'abord, pour le personnage de Ben qui se dépatouille (plutôt bien) avec sa famille dé-re-composée. Je l'ai trouvé attachant dès les premières lignes et son côté pas vraiment fier-à-bras, ni courageux le rend irrésistible. Un très chouette texte qui parle de trucs sérieux mais sans se prendre au sérieux... Réussi!

Les maux du coeur


Auteur : Axl Cendres
Editeur : Sarbacane
Date de parution : Janvier 2011
A partir de 14 ans

Les_maux_du_coeur

"Dis-moi que c'est vrai, elle a dit. C'est vrai, j'ai menti.
A plusieurs reprises, le héros de ce mini-roman, 15 ans, ment pour rassurer sa mère, avec laquelle il vit seul à Paris.
Bonnes intentions et mensonges se télescopent gaiement, d'abord drôles, puis très doux-amers, tandis qu'entre fumette et premier amour, il découvre ce qui fait le plus tourner la tête et surtout, ce qu'on peut dire ou pas quand on aime..."

Manue : Un livre court qui mélange émotions, sentiments contradictoires, mensonges plus ou moins gros et apprentissage de l’amour. Ce petit récit poignant, à la première personne, nous accroche dès le début et on se sent troublé par les sentiments du protagoniste, on partage son histoire et on souffre avec lui. On y apprend avec douleur que le temps soigne les chagrins d’amour mais ne les guérit jamais.

Hélène : Encore une belle réussite pour les éditions Sarbacane et leur collection de mini-romans. "Les maux du coeur", comme "Les mots qui tuent", c'est un concentré d'émotions et de tranches de vie. Le jeune héros de ce roman nous attrape à la première page en un clin d'oeil. Il en bave, il est maladroit et très attachant, même quand il ment, surtout quand il ment pour protéger sa mère. 

Claire : Les tourments de l'adolescence et des premiers amours (et du coup, des premiers chagrins d'amour...) évoqués avec justesse, tendresse et humour, portés par l'écriture (toujours) sensible d'Axl Cendres. On tangue entre rires et larmes, un pur petit bijou.


Dans cette même collection et déjà chroniqués sur notre site : Les mots qui tuent et Magie noire.


Les petites BDs de Rita et Machin


Auteur : Jean-Philippe Arrou-Vignod
Illustrateur : Olivier Tallec
Editeur : Gallimard Jeunesse
Date de parution : 2010
A partir de 5 ans

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Manue: Rita (la petite fille espiègle) et Machin (le cabot quelque peu léthargique), c’est une histoire d’amitié sur fond d’amour vache, de bêtises, de complicité. Je connaissais la série d’albums mais pas la bande-dessinée, et je trouve que l’univers de départ s’y prête finalement pas mal. On y retrouve nos deux héros dans une série de 25 scénettes toujours aussi tendres et pleines d’énergie. Le truc de Rita et Machin, c’est d’inventer, avec une malice  et un plaisir non dissimulés, un maximum de choses pour chambouler le quotidien. Du coup, avec eux, on ne s’ennuie jamais. Le trait sobre d’O. Tallec accompagne les truculentes répliques de J-P. Arrou-Vignod. Le choix restreint de couleurs (noir et blanc plus quelques touches de rouge) confère une certaine originalité à cette B-D. On en redemande (un peu trop court) alors messieurs, au boulot !


Hélène : Avec Jean-Philippe Arrou-Vignod au stylo bille et Olivier Tallec au crayon de couleur, franchement j’ y suis allée les yeux fermés ! J’ai été immédiatement séduite par les illustrations épurées et simplifiées en noir et rouge.  Rita c’est une petite meuf qui a de la suite dans les idées, Machin c’est son chien à qui il ne manque que la parole et ça tombe bien puisque l’auteur la lui donne la parole. A travers des petites scènes de la vie quotidienne (pas d’aventure extraordinaire), on nous raconte leur complicité à la Calvin et Hobbes. Un duo drôle, impertinent, attachant. Une petite remarque : certains webmarchands conseillent cet album à partir de 3 ans, je pense que c'est une erreur, je le recommanderais à partir de 5 ou 6 ans.  


Claire :
Pour la première fois, les aventures de Rita et Machin prennent la forme de la bande dessinée et c’est fort chouette. Des petites histoires amusantes, et parfois presque philosophiques sur tout et rien, avec un humour caustique qui n’est pas sans nous rappeler Charlie Brown et son acolyte Snoopy.






La petite casserole d'Anatole


Auteur : Isabelle Carrier
Editeur : Bilboquet
Date de parution : 2009
A partir de 7 ans

La_petite_casserole_dAnatole


Anatole traîne toujours derrière lui sa petite casserole. Elle lui est tombée dessus un jour...On ne sait pas très bien pourquoi. Depuis elle se coince partout et l'empêche d'avancer. Un jour, il en a assez. Il décide de se cacher. Mais malheureusement, les choses ne sont pas si simples...

Hélène : Handicap, différence, intolérance, maladie, incapacité, injustice, rejet, fardeau, solitude, voici tous les mots que vous ne trouverez pas dans cet album. Et c'est pourtant de cela qu'il s'agit. Grâce à une métaphore simple, Isabelle Carrier aborde un thème délicat et le rend compréhensible, tout cela avec beaucoup de sensibilité, d'optimisme et d'humour. Un album très réussi.

Claire : La grande réussite de ce petit bijou d'album c'est que cette maudite casserole peut représenter mille et une choses. C'est sensible, riche de sens et plein d'humour pour apprendre à transformer une faiblesse en un atout. La simplicité et l'élégance des illustrations donne de la délicatesse et permet à Isabelle Carrier d'aborder avec légèreté un thème pas toujours fastoche.   

Manue : Anatole est un drôle de petit bonhomme, sensible, qui aime la musique et le dessin. Mais il traîne une petite casserole rouge. Et la vie n’est pas toujours simple quand on a une petite casserole qui se coince partout. Il faut donc apprendre à vivre avec, même si c’est parfois compliqué. Heureusement, quelqu’un va l’aider … Grâce à la compréhension, à l’amour et à la patience, Anatole va éclore et enfin s’épanouir pour trouver sa place. Un texte sublime accompagné d’ illustrations sans chichis au crayon pour aborder le délicat sujet du handicap et de la différence. Une histoire qui donne le moral et nous rappelle que nous avons, nous aussi, des casseroles, pas la même qu’Anatole mais casserole quand même ... Nous évoluons quotidiennement avec nos petites ou grosses casseroles, nous avançons et elles nous aident à grandir puis à mûrir. Pour moi, un album coup de cœur.

Bou et les 3 zours


Auteur : Elsa Valentin
Illustratice : Ilya Green
Editeur : L'atelier du poisson soluble
Date de parution : 2008
A partir de 3 ans

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"L'était une fois une petite Bou qui livait dans la forest avec sa maïe et son païe. Un jour elle partit caminer dans la forest pour groupir des flores."

Hélène : J'ai aimé le contraste entre les illustrations pop et contemporaines et le côté classique du conte. Le challenge de l'auteur est réussi. En effet, ce langage inventé est tout à fait compréhensible et très marrant à lire à haute voix. Je reste néanmoins un peu déçue par la fin semble assez brouillonne.

Manue : Bou et les 3 zours est l'histoire de Boucle d'or revisitée de façon originale et poétique aussi bien par le langage utilisé que par les illustrations foisonnantes et précises. Un livre comme on n'en voit peu et qui ose prendre des risques; phénomène peu commun dans la littérature jeunesse d'aujourd'hui, il mérite d'être souligné. Un livre qui peut paraître déroutant au premier abord mais qui convient très bien aux enfants à partir de 7 ans ainsi qu'aux adultes qui, comme moi, ont su garder leur âme d'enfant. Je tiens tout de même à préciser que, pour les plus jeunes, il est préférable de connaître la version classique de Boucle d'or. De plus, comme c'est un conte, la magie opère d'autant mieux lorsque cette histoire est lue oralement.

Claire : Une version contemporaine du conte Boucle d’or et les trois ours,  totalement décalée (Boucle d’or est... brune !) où la langue est totalement réinventée (une espèce de mélange d’argot, de mots étrangers), c’est très déroutant, et j’ai eu un peu de mal à simplement me laisser porter par la sonorité des mots, plutôt que par le sens (même si finalement on comprend tout). Par contre, les illustrations d’Ilya Green sont toujours aussi inventives, fantaisistes, une illustratrice qui peut passer du trait épuré aux grands aplats colorés mais dont on reconnaît toujours le coup de patte.

Pas de pitié pour les baskets


Auteur : Joy Sorman
Illustrateur : Olivier Tallec
Éditeur : Hélium
Date de parution : 2010
A partir de 7 ans

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"Je t'en achèterai une nouvelle paire quand celle-ci sera vraiment usée. Tant qu'elles prennent pas l'eau, tu n'as pas besoin d'autres baskets, Joseph". Quand la mère de Joseph dit " Joseph " en fin de phrase, en insistant sur le " Jo ", c'est qu'il n'y a pas moyen de discuter. Et un mardi, jour des friands au fromage, ça tombe bien : lors d'un match dans la cour de l'école, une des baskets de Joseph se déchire. Joseph se voit déjà arborant la nouvelle paire dont il rêve : des Mike Air ! Mais ses espoirs s'effondrent à la vue du sac en plastique que lui tend sa mère...

Hélène : J'ai trouvé cet album bien ficelé et très marrant. Le texte est vif et plein d'humour et les illustrations soutiennent bien le récit. Il m'a fait penser à un autre album que mon frère et moi avons beaucoup lu, Les chaussures de Siméon, trouvable uniquement en occasion. Un seul bémol : une fin un peu décevante. J'aurais bien aimé voir finalement Joseph se la raconter devant ses copains avec ses baskets à scratch et leur faire une démo endiablée de moonwalk.

Manue :
Un album bien dans le vent, des illustrations déclinées dans un camaïeu de rouge orange, un texte fluide voilà un bon cocktail pour les plus de 7 ans. C’est une histoire qui colle bien aux préoccupations des enfants d’aujourd’hui et qui pour moi, maîtresse d’école, est bien dans la réalité des cours de récré.

Claire : Joy Sorman signe ici son premier texte pour enfants et son ton mi-goguenard mi- taquin, joliment relevé par les illustrations rythmées et dans le vif d'Olivier Tallec, m'a réjouit car il évite l'écueil moralisateur-gnangnan (trop souvent présent dans les albums traitant du même thème).