Et les grands alors ?

Les ombres innocentes



Auteur : Guillaume Audru
Editeur : Editions du Caïman
Collection : Thriller
Date de parution : décembre 2015

Monsieur Audru, si jamais un jour vous venait à l’esprit le projet saugrenu d’embrasser une carrière de rédacteur de guides touristiques, sachez que c’est une mauvaise idée. Après « L’île des hommes déchus », mon envie de visiter l’Ecosse a tout bonnement disparu. Aujourd’hui alors que je viens de terminer « Les ombres innocentes » le plateau de l’Aubrac me fait à peu près le même effet que la banlieue de Dunkerque ou pire encore celle de Poitiers. Bref, si un jour des amis vous invitent à vous lancer  dans le tourisme, changez d’amis.

Trêve d’âneries,  « Les ombres innocentes » ce n’est pas une intrigue mais trois. A priori, elles n’ont rien en commun mais assez rapidement, on sent qu’elles vont se rejoindre. Reste à savoir quand et comment. A ma gauche, un vieillard est retrouvé errant sur une route de Corrèze. Il a visiblement été roué de coups mais il refuse de dénoncer ses agresseurs. A ma droite, une femme âgée est retrouvée pendue à un crochet de boucher dans sa propre ferme. Au milieu, enfermée dans une clinique psychiatrique, une patiente hurle son malheur dans l‘indifférence générale sauf celle d’une aide-soignante dévouée. Tout autour de ce trio gravitent les indispensables gendarmes, journalistes et ex flics sans qui un bon thriller social n’existe pas.

J’ai eu le sentiment en lisant les premiers chapitres que l’auteur avait basé son histoire sur trop de personnages et que l’ensemble risquait de devenir confus. Grossière erreur ! Comme le bougre maîtrise complètement l’exercice, le résultat est saisissant. Sa plume rusée réussit avec brio à attraper le lecteur pour ne le relâcher qu’à la dernière page, sonné mais comblé. Il m’a fallu quelques temps pour m’extirper de la torpeur brumeuse dans laquelle « Les ombres innocentes » m’avait plongée, comme après un excellent film.

J’aime beaucoup l’idée d’associer une playlist à la lecture d’un livre. Cependant, j’ai trouvé une partie des titres de cette liste un peu trop neutre musicalement. En fait, je crois que je m’attendais à trouver autant de rugosité et d’engagement que dans le texte lui-même. Mais ce n’est qu’un détail.

Il paraît que dans une carrière d’écrivain c’est le deuxième le plus difficile à pondre…Guillaume Audru s’en est tiré haut la main !

Alors Monsieur Audru, c’est pour quand le troisième ?

Du même auteur : L'île des hommes déchus
Du même éditeur : Renardot et le souvenir volé

Bande son : PJ HARVEY- Dress

Les visages écrasés





Auteur : Marin Ledun
Editeur : Seuil
Collection : Roman Noir
Date de parution : 2011

« Vincent n’est pas le problème. Il le sait je le sais. Le problème ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. Cette tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition, les objectifs inatteignables. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, la double écoute. La peur et l’absence de mots pour le dire. »

L’entreprise qui sert de toile de fond à ce roman noir ressemble comme deux gouttes d’eau  à France Telecom-Orange. Un énorme centre d’appels d’un énorme groupe de Telecom. La narratrice de ce récit c’est le Médecin du Travail ou plutôt « la fosse à purin » des salariés, comme elle le dit elle-même. Elle écoute et parfois elle arrive à apaiser, à soigner. Pour tenir le coup, pour rester debout et de ne pas s’effondrer sous le poids de la souffrance de ses patients, elle raisonne uniquement en médecin, elle ne s’exprime qu’en listant des symptômes (« Stress, fatigue nerveuse, angoisses, troubles du sommeil »). Objectivité, diagnostic, préconisations…Et pourtant c’est elle qui va passer à l’acte, pour enfin soulager son patient un taylorien du tertiaire noyé parmi tant d’autres.
« lève-toi c’est décidé,
Laisse-moi te remplacer,
Je vais prendre ta douleur »
La mélodie entêtante de Camille résonne dès la première page et ne se tait jamais.
Dans cette course contre la montre, la police n’est pas le seul acteur. Le médecin lui-même enquête pour trouver des réponses à ce qu’elle appelle « l’autre histoire », les syndicats bataillent pour protéger les autres salariés, ceux qui ne sont pas morts, et enfin la Direction s’emploie à sauver les apparences dans l’unique but de ne pas perdre de parts de marché.
Les visages écrasés est un roman fort et sans pitié. Le style brut de Marin LEDUN est parfaitement adapté à cette ambiance non pas sombre mais au contraire blafarde façon bloc opératoire ou plutôt salle d’autopsie. Si comme moi vous travaillez dans ce genre de structure, vous ne regarderez plus jamais votre superviseur de la même manière. Si comme moi vous êtes élu au Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail de ce genre de structure, c’est votre vision de votre mandat qui en sera irrémédiablement bouleversée.

L'île des hommes déchus

Auteur : Guillaume Audru
Editeur : Editions du Caïman
Collection : Polars du Monde
Date de parution : Décembre 2013



Eddie Grist est de retour sur son île natale, Stroma, située au Nord de l'Ecosse. Ancien policier à Inverness, il a à peine le temps de retrouver sa famille et ses rares amis qu'un squelette est découvert sur un chantier. Très loin d'une ambiance de fête au village, c'est plutôt au beau milieu de règlements de comptes qu'Eddie va participer à l'enquête, officiellement menée par Moira Holm, son amour de jeunesse.

Pas besoin d'une Stromian's (la bière locale) ni du Puff Inn (le seul pub de l'île) pour se plonger dans l'univers de ce polar.
L'auteur n'est pas un bleu même si "L'île des hommes déchus" est son premier roman. Son blog de chroniques littéraires "Territoires Polars" et l'association "L'instant Polar" dont il est le président lui ont permis d'acquérir une connaissance pointue de cette discipline. Il en connait les rouages sur le bout des doigts.

Et le résultat saute aux yeux dès la première page : le style est déjà affirmé, tout est maîtrisé. La psychologie des personnages tous plus ou moins cabossés par la vie, les descriptions de l'île et des lieux sont si efficaces qu'on est tenté de se pincer le nez tellement ça pue le poisson !

L'auteur sait mener son lecteur exactement où il le veut. L'intrique et l'enquête se déroulent dans un premier temps naturellement, presque tranquillement. Et puis sans prévenir, le dénouement ou plutôt les dénouements arrivent. Le lecteur les reçoit comme une gifle et en reste un peu abasourdi.

J'ai aimé ce polar parce qu'il réussit à provoquer des émotions fortes et contradictoires, de la colère, du dégoût mais aussi de la compassion. A déguster avec une tasse de thé...noir.

Alors Monsieur Audru, c'est pour quand le deuxième ?

La disparition de Jim Sullivan




"Là-dessus, les américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l'action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulet et des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international"

Fort de ce constat, Tanguy Viel décide de s'y atteler et d'écrire un roman... américain. Un roman qui se passerait à Détroit, Michigan sur les rives des grands lacs "jamais dans un roman international, le personnage principal n'habiterait au pied de la cathédrale de Chartres", le personnage s'appellerait Dwayne Koster, la cinquantaine un peu usée, un peu trop porté sur le Jack Daniel's (syndrome de guerre postraumatique Vietnam), il serait divorcé et Susan, son ex-femme aurait pour amant un type qu'il détesterait "parce que c'est un point très important du roman américain l'adultère. C'est même une obsession du roman américain".
Tanguy Viel s'amuse et jette son personnage sur des routes longues et droites au volant d'une vieille Dodge Coronet, lui fait écouter du Jim Sullivan, le trimballe de motels miteux en bars "aux néons rouges et bleus, le long d'une nationale, un lundi soir par exemple, avec un billard mal éclairé où s'ennuieraient deux bikers taciturnes", avec une serveuse qui s'appellerait Daisy ("dès lors qu'une serveuse aux États Unis, selon moi, si elle ne s'appelle pas Milly, alors elle s'appelle Daisy").
Une épopée un peu foutraque où Dwayne Koster, une mallette pleine de dollars en main, croiserait des trafiquants d'oeuvre d'art, une étudiante en littérature actrice de films porno, un type du FBI qui dirait "ouaip !" et quelques activistes irakiens... jusqu'au dénouement final... parce que voilà, c'est l'Amérique !
Tanguy Viel réussit avec talent son pari quelque peu loufoque, et nous trimbale tout comme son personnage, nous fait partager ses interrogations, ses errances d'écrivain.
Un roman férocement intelligent, drôle et sacrément écrit. Une lecture jubilatoire

Une seconde vie, ed. Joelle Losfeld

Auteur : Dermot Bolger
Editeur : Joelle Losfeld
Date de parution : Janvier 2012 
Age : Adulte



La seconde vie, c'est la seconde chance offerte à Sean, 36 ans, qui se réveille d'une mort clinique après un grave accident de voiture. Ce traumatisme va devenir l'élément déclencheur de cette nouvelle vie, vie où il devra annoncer à sa femme qu'avant de devenir Sean Blake, il a été un bébé portant un autre nom, un bébé abandonné puis adopté, une vie où il délaissera sa femme et ses deux enfants pour retrouver sa mère biologique,...une vie, donc, où ses priorités vont être fortement chamboulées.
Parallèlement au parcours de Sean, on suit Lizzy, mère biologique de celui qu'elle avait appelé Francis. Lizzy attend le retour de ce fils aimé par dessus tout malgré l'absence, elle sait qu'il viendra...
Dermot Bolger a écrit un beau livre, un peu doux amer, il est parvenu à nous faire ressentir les désespoirs et manques de chacun. Leurs erreurs, aussi, mais aucun portrait dressé n'est manichéen, pas même ceux de P.Mc Hugh, soeur Theresa, ou Tom. Une belle réussite.

AFTER

Auteur : Franck Villemaud
Editeur : Le Mot Fou (Les Lunatiques)
Date de parution : 2012

after

"Et puis ce jeu alors, comme un jeu de gosses en fin de boum, mais quand eux se racontent des histoires qui font peur pour se faire rire, non nous, nous tout profonds et intelligents qu'on se sait, nous évidemment on se dit qu'on n'est plus des gosses, hein? Que nous on est des grandes personnes profondes, hein? Alors plutôt se faire mal, tiens, plutôt se faire mal quand on n'est plus capables de rire de nos peurs - c'est quand même plus intelligent, hein? Ce jeu, nous raconter chacun la pire douleur de sa vie, sans droit de se poser des questions, avec juste celui d'inventer ou non cette douleur, c'était la règle, pas vrai? La règle que tu nous as imposée au début, en tout cas, si je m'en souviens bien"

C'est la règle du jeu auquel vont se prêter Tristan, Dom, Loris, Val, Steph et un ami. Un drôle de jeu un peu foutraque, un de ce auquel on joue bien après que la fête soit finie et que le petit matin pointe son nez. Chacun leur tour, ils vont raconter. Raconter à s'en faire mal leur pire douleur.
Ils vont vider leurs sacs, balancer leurs angoisses, leurs faiblesses, leurs peurs, leurs lâchetés, les démons qui les bouffent. A tour de rôle, ils se dévoilent, se déboutonnent, se déshabillent sauf que le strip-tease a une sale gueule et laisse un goût amer.

Des confessions dérangeantes, des fragments de solitude tordus portés par une écriture poignante, sensible, foutrement intense.
Après, les textes qui nous bousculent presqu'à nous faire tituber, on est toujours gêné aux entournures pour en parler. Et finalement on n'en a pas trop envie, parce que ça nous regarde et qu'on sait d'avance que contrairement aux personnages d'After on n'aura jamais ce courage là, celui de se désaper et de la balancer aux vents sa pire douleur... on préfère encore rire de nos peurs comme des gosses.

Bref, un sacré joli foutu texte dont on sort en pagaille (mais c'est chouette la pagaille...).

Psychologie du pingouin et autres considérations scientifiques


Auteur : Robert Benchley
Editeur : Le Dillettante
Date de parution : 2004
existe en Points Seuil

pingouin

" Mes expériences avec les pingouins du zoo du Bronx ont été superficielles, certes, mais fort sympathiques. Un livre sous le bras, je me suis rendu à la piscine dans et autour de laquelle ils ont pour habitude de se promener et ai simplement engagé la conversation avec eux, de gentleman à gentlemen. Je ne prétendrai pas qu'ils ont fait le premier pas, mais plusieurs d'entre eux ont accepté des cigares (Coronas) et même de boire un petit coup - servi dans un grand verre (pas de glace, merci, avec de l'eau plate). Au bout du compte, ils ont consenti à répondre à quelques questions après avoir reçu l'assurance qu'il n'y avait pas de journaliste dans le coin. "

Un petit bouquin toujours drôle, sincèrement absurde, parfaitement décalé signé par Robert Benchley, célèbre chroniqueur américain de l’entre-deux guerres où vous apprendrez que le pingouin est le plus proche cousin de l’homme même s’il déteste l’alcool, que si la vitamine F existe, elle ne sert à rien et que le polype bien que de nature réservée, peu encline à faire de l’épate a un coeur.

Le genre de bricoles qui font chaud au cœur les jours de pluie et de moral dans les chaussettes.

Karoo

Auteur : Steve Tesich
Editeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de parution : février 2012


karoo

Saul Karoo officie en tant que script-doctor pour Hollywood. Il est un rouage modeste mais néanmoins opérationnel de l’industrie du cinéma. Il reprend des scénarios écrits par d’autres, il les coupe, les mutile, les remanie à la demande des producteurs. Et dans sa partie, Saul Karoo est un cador, son surnom dans le métier c’est Doc. Doc Karoo.

Ce qui est plutôt cocasse au vue des nombreuses maladies aussi insolubles qu’insolites qu’il se trimbale. En premier lieu, une incapacité totale à être saoul quelque soit les litres d’alcool engloutis. Saul Karoo a beau picoler tout ce qui lui tombe sous la main, il reste aussi sobre qu’un chameau, immunisé contre l’alcool et ce même l’estomac vide, ce qui le désespère.

« Cette maladie de l’ivresse avait un étrange effet secondaire, sans doute causé par le deni. Depuis que j’avais découvert que je ne pouvais plus être ivre quelque soit ma quantité d’alcool ingurgitée, je me retrouvais à boire plus que jamais. J’étais peut-être immunisé contre l’alcool mais, en tout cas, par contre l’espoir ; et aussi dramatiques que les choses puissent sembler, je continuais à boire, espérant qu’un soir, au moment où je m’y attendrais le moins, je redeviendrais moi-même, ce bon vieux moi-même. »

Une des autres tares bougrement névrotiques de Saul Karoo est sa fuite quelque peu désespérée devant toute forme d’intimité. Saul Karoo est incapable d’aimer en privé, et sur ce point au moins, il est irréprochable, il a foutu en l’air son mariage et il s’évertue avec un acharnement têtu à éviter le moindre tête-à-tête avec son propre fils.

Bref, même s’il le veut, Saul Karoo ne peut pas faire les choses correctement et surtout la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu’à ce que tout bascule, et ce façon vertigineuse.

Un roman étonnamment féroce où le cynisme est mordant, corrosif à souhait. Une lecture sauvagement JUBILATOIRE.

Karoo est un mot khoïkhoï qui signifie « le pays de la soif ». Après ne me demandez pas où l’on peut bien causer le khoïkhoï, je n’en fichtrement aucune idée.

Le froid modifie la trajectoire des poissons


Auteur : Pierre Szalowski
Éditeur : Éditions Héloïse d'Ormesson
Date de parution : 2010

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Au début de ce roman, un fait de plus en plus banal: des parents annoncent à leur enfant qu’ils se séparent. Notre jeune héros est tellement désespéré qu’il demande au ciel de lui venir en aide. Celui-ci l’écoute et s’abat alors sur Montréal la plus grande tempête de verglas jamais connue. Ce phénomène météorologique va déclencher une série de  petits gestes d’entraide et de solidarité, des liens vont se tisser entre les différents protagonistes et leur vie va être modifiée.
Un roman au ton simple et chaleureux qui met un peu de baume au cœur en cette période de grand froid. Une histoire tendre,  pleine de poésie sans être cul-cul la praline, où l’on se prend à rêver que l’être humain peut parfois nous surprendre en faisant preuve d’altruisme… 

La mécanique du coeur


Auteur : Mathias Malzieu
Éditeur : J'ai lu
Date de parution : mars 2009

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"Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l'horloge de ton coeur la grand aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du coeur sera brisée de nouveau."

Jack est né à Edimbourg en 1874, le jour le plus froid du monde, tellement froid que son petit coeur gèle en quelques secondes. La sage-femme qui l'a mis au monde, bien décidée à lui sauver la vie, va le remplacer par une vieille horloge en bois. Sa seule contrainte sera de la remonter tous les matins et bien entendu, de ne jamais tomber amoureux ce qui emballerait la mécanique et enflammerait le coeur et le corps de Jack. Mais le regard de braise d'une petite chanteuse andalouse, son petit incendie comme il l'appelle, va lui embraser le coeur pour finir par le consumer...
Dans une ambiance très Tim Burtonienne, à mi chemin entre L'étrange Noël de monsieur Jack et Edward aux mains d'argent, voilà la vie d'une poignée de personnages cabossés par la vie et par l'amour.
Je n'ai pas pu résister au plaisir de relever quelques phrases particulièrement savoureuses :
"L'Andalousie, le pays où les femmes regardent droit dans les yeux"..."Le bref silence qui suit est doux comme une tempête de marguerites"..."Quand elle me plante ses lèvres jusqu'aux dents, ça me fait l'effet fée bleue, celle de Pinocchio, mais en plus vrai. Sauf que ce n'est pas mon nez qui s'allonge"
C'est sombre, c'est un peu inquiétant, très drôle, mais c'est surtout d'un romantisme et d'une sensualité à toute épreuve, sauf peut être celle de la vie.

Bande son : Flamme à lunettes - Dionysos & Olivia Ruiz

Meutres exquis à l'île d'Oléron


Auteur : Jean-Marc Raynaud
Editeur : Editions libertaires
Date de parution : Aout 2010
Genre : Policier



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A Saint-Denis d'Oléron, en sortant d'un débat houleux qui l'opposait aux membres d'un groupe libertaire local, le député-maire est abattu. Le lendemain, ce sont le directeur du Crédit agricole et le curé qui sont retrouvés morts. Tandis que la presse accuse les mouvements anarchistes, Ed Merlieux et Ted Chaucre, des services secrets de la fédération anarchiste, mènent l'enquête.

Bande son : "Graine d'ananar" de Léo Ferré

LA BELLE VIE


Auteur : Ian McInerney
Traductrice : Agnès Desarthe
Éditeur : Éditions de l'Olivier (Poche édité en 2008)
Date de parution : 2007

La_belle_vie

Ce roman commence le 10 septembre 2001 et ce n'est donc pas par hasard que j'ai choisi d'en faire la chronique ce soir. Il commence le 10 septembre mais ce n'est pas le roman du 11 septembre. Deux enfants, des amis célèbres, un bon job, un loft à TriBeCa, Corrine et Russell Calloway sont le parfait exemple du rêve américain. Tout cela va être remis en cause quelques heures plus tard. On nous raconte ce qui se passe après. Dans cette atmosphère à la fois de chaos et de conscience collective, tout peut arriver.
"McInerney réussit le premier chef-d'oeuvre de l'après, quand tout ce qui brillait dans Manhattan fut recouvert d'un voile noir".

Bande son : "drunken butterfly" - Sonic Youth

Un plat de sang andalou

Un plat de sang andalou
Auteur : David M Thomas
Editeur : Quidam (Made in Europe)
Date de publication : 2009
Roman

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Almeria, 1936.
Ils sont là. Anarchistes, communistes, socialistes, catalans, andalous ou castillans, prêts à en découdre avec l'armée franquiste, prêts à défendre coûte que coûte ce petit port andalou. Parmi eux, Dartmann, l'allemand anti-fasciste, Marco, le déserteur italien, Ieuan, le fils de docker londonien, Solena la guerillera et enfin Le Jefe... Malgré la débâcle inéluctable, l'indifférence et l'inertie des démocraties européennes, le petit peuple d'Almeria est debout, sans casque, sur le fortin de Los Millares tel le dernier des mohicans. Fuego !
Un étonnant premier roman, premier tome d'une trilogie. Une écriture cousue main, des dialogues virtuoses, ciselés, des personnages bouillants, terriblement vivants.
Ce plat de sang andalou se dévore (férocement) et rend hommage à l'insoumission du peuple d'Almeria.

"Volveremos. Aucun point d'exclamation. Une simple affirmation, une promesse. On reviendra"

La couleur des sentiments


Auteur : Kathryn Stockett
Editeur : éditions Jacqueline Chambon
Date de parution : septembre 2010
Age : à partir de 15 ans


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Un véritable coup de coeur littéraire, un des livres que j'ai quasi lu d'une traite tellement j'avais envie de connaître la suite (mais bon j'ai des enfants alors il fallait quand même que je m'en occupe un peu!).

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail ailleurs. Puis vient Miss Skeeter Phelan qui se pose des questions quant à la condition dont sont traitées ces bonnes que ces amies et elles considéraient comme une seconde mère durant leur enfance puis comme de vulgaires animaux une fois devenues patronnes ...
C'est un roman écrit à 3 voix entre lesquelles on navigue sans aucune difficulté. Ces 3 femmes sont tour à tour attachantes, vulnérables, déterminées et fragiles. Leur amitié en ces temps obscurs est intolérable mais au prix de sacrifices et de secrets, elles vont construire une histoire émouvante et passionnante!
Je le recommande à tout le monde: hommes et femmes, jeunes et moins jeunes car il est à la fois drôle, touchant et il permet de se poser des questions sur certaines situations encore d'actualité aujourd'hui.

La physique des catastrophes


Auteur : Maricha PESSL
Editeur : Gallimard
Date de parution : 2007
Âge : pour les grands

La_physique_des_catastrophes

Bleue est un adolescente qui grandit seule avec son père professeur d'université, spécialiste des mouvements révolutionnaires du tiers-monde. Ils se déplacent de ville en ville, tous les 6 mois, au grès des postes universitaires. Pour son année de terminale, ils s'installent pour l'année entière dans une ville. Bleue peut enfin nouer des relations avec d'autres jeunes. Elle réussit à s'intégrer dans le groupe du "sang bleu" qui réunit trois garçons et 2 filles tous plus atypiques les uns que les autres autour d'une professeure charismatique Hannah Schneider. Jusqu'au jour où Bleue la découvre pendue. A partir de ce moment-là, un nouveau roman commence : Bleue cherche à percer les mystères d'Hannah Schneider, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa propre vie.
Cette partie de l'histoire (au 2/3  à peu près des 800 pages) est vraiment palpitante et si on a réussit à aller jusque là, on ne lâchera pas le bouquin ! Le début est parfois un peu long ... surtout quand comme moi on a une culture littéraire américaine assez limitée. En effet, Bleue et son père échangent beaucoup au travers de citations et de références d'auteurs tous plus inconnus les uns que les autres (pour moi en tous cas !), et surtout, l'auteur indique dans son roman toutes ses références, un peu comme dans une thèse universitaire (nom de l'auteur, titre de l'ouvrage, édition, année). Il faut passer outre ce petit artifice -qui nous rappelle malgré tout notre ignorance crasse!- pour découvrir dans cette première partie de l'histoire les réflexions et les modes de vie des ados américains.
Ca vaut le coup de s'accrocher au début, ça permet aussi de reconstituer tout le puzzle de la dernière partie.

Indépendance

Auteur : Richard Ford
Editeur : Points
Date de parution : 1997
Age : adultes


independance
Si vous aimez les livres d’aventures, pleins de rebondissements, n’achetez pas ce livre-là. Le narrateur, Frank Bascombe, agent immobilier de 44 ans, célibataire mais entretenant une liaison avec Sally, semble être à un tournant de sa vie…ou alors est-il toujours comme ça, toujours en train de cogiter sur lui-même…
On est en 1988, Frank a deux enfants, Paul, 15 ans, et Clarissa, 13 ans, qui vivent avec leur mère Ann dans le Connecticut. Paul semble avoir des problèmes de comportement, il a même frappé son beau-père Charley. Alors, le 2 juillet, Frank emmène Paul pour un week-end entre père et fils, un WE qui aurait pu très mal tourner…
Ce qui est merveilleux dans ce roman, c’est l’art de la digression et l’esprit de l’auteur. On est comme dans la tête de Frank Bascombe, au plus près de lui, en empathie totale. Il parle de son passé, des drames de sa vie, de ses sentiments, de ses rencontres, de son espoir d’accueillir Paul chez lui à la rentrée, on le suit lorsqu’il galère pour vendre un bien immobilier à un couple étonnant, etc…....la vraie vie, mais en mieux racontée.
Un très bon livre qui donne envie de lire tout Ford.